6ème étape: Jausiers - Beuil

Mon compteur GPS a parmi ses fonctions gadgets de m’indiquer une fois la sortie cycliste terminée le nombre d’heures de récupération suggéré avant d’envisager la prochaine. Dès le premier soir à La Clusaz, il m’a conseillé d’attendre 72h de repos, ce qui fait que le lendemain matin, au bout de quelques minutes pendant lesquelles il me tâte le pouls à travers la ceinture cardiaque (enfin j’imagine), il m’indique « récupération passable ». Et c’est ainsi invariablement depuis 5 jours, ça ne donne pas le moral en début d’étape...
Nous quittons Jausiers et un gîte fort accueillant direction Barcelonnette, 3 d’entre nous ont choisi une variante « dure » qui passe par le col d’Allos puis le col des Champs, tous les autres dont je fais partie grimperont « seulement » le col de la Cayolle, une route absolument superbe qui entre dans le parc national du Mercantour et marque la frontière entre les Alpes de Haute-Profence et les Alpes Maritimes. J’ai un peu la sensation d’avoir le cul entre deux selles, pas assez fort pour accompagner les plus costauds dans ces variantes dures, et trop pour être accompagné par quelqu’un au sein de l’autre groupe sur la variante « normale ». Cela étant, quand la route s’élève, c’est chacun son rythme, donc nous roulons souvent seuls.
J’avais déjà grimpé ce col il y a environ 15 ans, nous étions venus rouler quelques jours autour de Jausiers avec mon père. Jausiers et Barcelonette sont parmi les Mecque du cyclisme en France, c’est à dire des petits village encaissés un peu tristounets et sombres car entourés par d’imposantes montagnes. Je me souviens que la Cayolle est un enchantement pour les yeux, et pas trop ingrat pour nos jambes fatiguées car bien qu’il soit très long (29,6kms d’ascension), les pentes sont souvent en-dessous de 6% mis à part les 4 ou 5 derniers kilomètres. Effectivement je profite pour une fois du paysage, et j’ai le courage de m’arrêter ça et là prendre quelques photos. Les bornes kilométriques qui indiquent la distance restante sont toutes curieusement calées sur la longueur au départ (6,6, 5,6, 4,6, 3,6, etc...!).
Au sommet à 2326m tout de même, il fait assez frais, et je ne veux pas risquer de prendre froid à attendre que les autres arrivent. Je les retrouverai aux 3/4 de la descente pour la pause déjeuner, à Saint Martin d’Entraunes. Je me méfie énormément des descentes sur ces routes désormais plus étroites et sinueuses qui sont le terrain de jeu des pilotes et motards Varois fans du rallye de Monte-Carlo. Je fais bien d’être prudent avec mes trajectoires, deux fois je rencontre des colonnes de 3 crétins de motards qui prennent les virages à l’intérieur couchés comme sur un circuit, donc sur ma file! A chaque fois ils font un brusque écart pour regagner leur sens de circulation. J’ai le temps de leur signifier mon mécontentement, mais si j’avais été un poids lourd (oui je sais, c’est un peu le cas...), je ne veux pas savoir ce qui leur serait arrivé.
Le paysage a énormément changé depuis le départ, c’est un long fondu enchaîné entre la montagne et la mer, aprés avoir écouté des marmottes depuis 3 jours (un privilège du voyage à vélo) j’entends chanter les premières cigales.
Déjeuner à l’ombre très paisible, et je suis encore un peu à contretemps car lorsque mon groupe arrive, j’ai déjà commencé à manger, et lorsque l’autre groupe arrive du trajet le plus long, j’ai plutôt envie de repartir. Je finis la descente vers Guillaumes, où l’on bifurque à gauche direction Valberg, deuxième col du jour. On aurait pu prendre tout droit vers Nice, mais se serait trop simple. En fait il y a 2 routes qui montent à la station de Valberg à 1673m, je prends la première qui est interdite aux poids-lourds (sauf moi), je me dis que ce sera plus tranquille. Bonne pioche, la montée est magnifique, et alors que je redoutais beaucoup ce col pentu vu mon état de faitgue et la chaleur de 13h, toute ma lassitude a disparu! Je trouve un bon rythme et je le tiens sans difficulté jusqu’en haut. C’est déroutant. Je traverse le petit village de Peone, j’ai l’impression d’être en Corse, il y a une fontaine d’eau fraîche où je remplis mes bidons. Deux enfants jouent, l’un me demande si je fais le Tour de France. A 5 kilomètres du sommet, les bornes recommencent à être graduées 4,6, 3,6, 2,6, pourquoi? Les Alpes Maritimes?
A la station de Valberg, j’ai bien transpiré, je ne veux pas attraper froid alors je descend directement vers Beuil où nous logerons cette nuit. Dernière lessive de cuissard et maillot, il ne reste plus qu’une grosse étape demain, mais 2700m de dénivelé prévus pour tout le monde!

Commentaires

  1. Exrta Lucien ! Merci pour ces belles images et les textes qui vont avec. Je donnerais beaucoup pour revivre cette aventure et notamment le dernier col de Turini : bruits, végétations, odeurs de Provence avec beaucoup d'assurance et de plaisir dans la montée. La dernière me semble-t-il... Mais sans doute liée au spectacle permanent de ces paysages inouïs et à l'euphorie grandissante de la route depuis Thonon. On ferait presque le retour dans la foulée !
    Comme ça va être encore plus difficile de te suivre le dimanche matin...
    Le voisin du 33.

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